TFGA#14 – Le changement, c’est maintenant

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Vous savez quelle est la différence entre le fromage et le jeu vidéo ? Le fromage, quand on le mange, on en profite. On profite de ce que l’on a en bouche, sans se soucier de ce fromage qu’on mangeait quand on était enfant. On prend ce qu’on a, on choisit celui qu’on veut en fonction de ses goûts, et on profite. Vous avez déjà entendu un amateur de fromage dire « le fromage, c’était mieux avant » ? 

Bien sûr que non. Le fromage, aujourd’hui, c’est fantastique. Et c’est pareil pour le jeu vidéo. D’ailleurs, ça tombe bien, c’est le thème du TFGA de ce mois-ci: après « C’était mieux avant » le mois dernier, il est enfin temps de faire honneur à ce qui rend le jeu vidéo aussi fabuleux aujourd’hui, malgré tout ce qu’on peut lui reprocher.

Le fromage et le jeu vidéo parfois ne font qu'un

Le fromage et le jeu vidéo parfois ne font qu’un

Jouer est une activité sociale

Comme une bonne raclette ou une soirée fondue, le jeu vidéo c’est maintenant quelque chose qui se partage entre amis. Evidemment, on pense aux jeux en multijoueur, compétitif ou coopératif, mais cet aspect social va bien au-delà: tous les à-côtés, qui se sont développés via les blogs, Twitter, les streams, etc. Il est désormais plus facile que jamais de rencontrer des personnes passionnées, d’échanger et de partager des impressions, avis, ou tout simplement des sessions de jeu. C’est aussi le retour du bouche-à-oreille: avec le catalogue pléthorique de petits jeux et jeux indépendants qui sortent sous la masse de triple A dont on entend bien plus parler avant leur sortie qu’après, il est très facile de passer à côté de petites perles. Cet aspect communautaire est un excellent moyen de découvrir des jeux et de prêcher la bonne parole: c’est par ce biais que j’ai pu découvrir rien que cette année des titres comme Her Story, The Beginner’s Guide ou Jotun.
Et puis je peux devenir famous grâce à ce blog et à mes streams. A moi les Doritos et les meufs, champagne sur les seins et soirées VIP à la Mairie de Paris pour des concours bidons. Et même si les p’tits fours sont pas top, on se rattrape sur les cannelés.

Si je passe autant de temps sur League of Legends, c'est aussi parce que c'est du temps passé entre amis

Si je passe autant de temps sur League of Legends, c’est aussi parce que c’est du temps passé entre amis

Déluge d’informations de passionnés pour des passionnés

Si internet a permis aux abrutis du monde entier de devenir particulièrement visibles, il y a aussi des gens biens et intéressants qui se sont fait une place. Et des gens biens passionnés par le jeu vidéo, il y en a un joli petit paquet. Qu’on les retrouve en vidéo, en podcast ou à l’écrit, les passionnés se sont accaparés internet afin de partager leurs connaissances et leur passion. Je pense ici à des chaînes YouTube comme Mark Brown et ses Game Makers Toolkit, les mecs de ExtraCredits, des sites spécialisés comme IndieMag et Indius pour les jeux indépendants ou Bas Gros Poing pour les jeux de combat, des podcasts tels que la Caz’ Retro, Je Game Moi Non Plus, ou, évidemment, les copains de Gamerside à qui je fais des poutous tout baveux. Et encore, j’en oublie des tas. Le jeu vidéo est aujourd’hui tellement riche et vaste que les canaux d’information principaux ne peuvent être exhaustifs, et c’est à nous d’aller chercher les infos spécifiques qui nous intéressent. Et elles ne sont pas dures à trouver, peu importe notre domaine de prédilection.

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De la presse qui va plus loin

Souvenez-vous. Il y a quelques lignes, j’écrivais ces mots: « les canaux d’information principaux ne peuvent être exhaustifs ». Bon, normalement vous avez lu ça il y a moins d’une minute, j’ose espérer que vous ne l’avez pas déjà oublié. Pour rebondir sur cette déclaration, certes ces canaux ne peuvent être exhaustifs, mais certains en ont complètement conscience et préfèrent s’arrêter sur certains sujets ou thèmes afin de les approfondir, au lieu de les survoler voire même de les ignorer. Aujourd’hui, la tryptique News/Previews/Tests est obsolète, et la presse spécialisée doit s’en détacher pour proposer autre chose, du contenu unique qui justifie son modèle économique lui permettant de vivre. C’est ainsi qu’on se retrouve avec un renouveau de la presse papiers, avec des magasines tels que CanardPC, Games ou JV qui arrivent à exister face aux sites internet tout simplement car ils ne proposent pas le même contenu. Ce qu’ils offrent, c’est des papiers qui prennent le temps de se poser des questions, de revenir sur l’histoire ou des personnalités, d’analyser le marché ou des tendances. Un vrai travail de fond journalistique, que les sites internet comptant sur la pub et le trafic ne peuvent se permettre, eux qui visent avant tout la masse. Gamekult l’a d’ailleurs bien compris, et leur offre Premium est là pour permettre au site de se placer dans la même case que ses confrères papier. Cette presse, c’est une presse de passionnés, pour les passionnés, qui demande un véritable travail et qui ne prend pas le lecteur pour un abruti attiré uniquement par des news sur GTA V, Star Wars, ou Marc Dorcel en réalité virtuelle.

La presse, du citron, citron pressé, olalakesskecédrole

La presse, du citron, citron pressé, olalakesskecédrole

« Eh dis donc, Dehell, tu nous prendrais un peu pour des cons ? Depuis tout à l’heure, tu nous parles bien plus des joueurs et de l’information que du jeu vidéo en lui-même. Alors, en panne d’inspiration ? Tu peines à cacher qu’en fait, le jeu vidéo c’était vraiment mieux avant ? T’es qu’une grosse merde, hein ? »

Olah ! Alors déjà, l’ami, tu vas descendre de tes grands chevaux. Non parce que, c’est quand même dangereux de monter sur plusieurs chevaux en même temps, surtout s’ils sont grands. Tu risquerais de te casser la margoulette et ça me ferait caguer. T’es pas un peu barjo, grand cèpe ? Tu ferais mieux d’aller bringuer avec moi, en plus j’ai fait des bugnes. Un régal, rien à voir avec ces estouffadis que fait ta mère. Pauvrote, elle est bien brave hein, mais bon à force fay cagat. D’ailleurs, la drôle, c’est quand qu’elle se trouve un jules ? Faut qu’elle aille aux bandas, milediou !
Désolé, je me suis laissé emporter par l’interjection de ce malotru. Interjection à laquelle j’aurais du répondre « Alors, certes, mais en fait non. » ce qui, vous en conviendrait, n’est pas vraiment une réponse exemplaire. Tout ça pour dire que, si je n’ai toujours pas parlé de jeu vidéo en lui-même, c’est parce qu’il y a à mon sens deux principales raisons qui font que c’est encore mieux de jouer maintenant. Deux raisons qui touchent à la création vidéoludique en elle-même, et qui sont propres à notre période.

La créativité

Aujourd’hui, le jeu vidéo offre une créativité jamais atteinte dans le média. Évidemment, pour le constater, il faut s’éloigner du monde des blockbusters qui, s’ils peuvent offrir quelques perles, manquent souvent cruellement de saveur et de profondeur. Heureusement, des jeux plus modestes osent se moquer des prérequis commerciaux, et préfèrent avant tout raconter une histoire, et puiser dans des thèmes forts. Je pense ici à Nier, véritable coup de coeur et de poing qui m’aura marqué par ce qu’il m’a raconté, faisant preuve d’une maturité et d’un recul sur le média lui permettant de l’utiliser au service de sa narration. Dans un ton plus léger, Catherine parle à une tranche de joueurs bien précise et tire sa force de ses thèmes et de sa façon de les traiter via le jeu vidéo. Mais, évidemment, c’est en se penchant vers la scène indépendante (et en faisant le tri parmi tous les clones de Minecraft et autres Rogue-like / jeux de survie peu inspirés) qu’on trouvera des jeux qui vont beaucoup plus loin. Que ce soit Cibele et sa façon de nous faire vivre une histoire d’amour sur internet, la découverte d’un secret de famille tabou dans Gone Home, ou l’autobiographie d’un créateur qui  nous fait part de ses moments les plus sombres tout en partageant ses réflexions sur la création en elle-même dans The Beginner’s Guide, les développeurs indépendants n’hésitent pas à utiliser le média pour parler de thèmes qui leur tiennent à cœur, affranchis de toute considération commerciale. Ils ne cherchent pas à atteindre le grand public, mais à atteindre les joueurs qui sont prêts à écouter ce qu’ils ont à dire et à partager.
Je pourrais aussi parler de la créativité mise en place pour raconter une histoire en utilisant le jeu vidéo comme vecteur narratif, mais je le fais déjà dans cet article (ceci dit j’en profite pour reparler de The Stanley Parable et de Her Story. Parce que voilà.)

Je vous ai déjà parlé de Her Story ?

Je vous ai déjà parlé de Her Story ?

La diversité

Manger varié, c’est meilleur pour la santé. Et c’est marrant parce que ça marche aussi pour le jeu vidéo. Ce qui tombe très bien, puisque le jeu vidéo n’a jamais eu un catalogue de jeux et de genres aussi large. Que vous soyez amateur de shoot’em up, de RPG occidental ou japonais, de platformer 2D à l’ancienne, de tactical-RPG, de RTS, de FPS, de point’n click, de puzzle game, de jeu de rythme, d’adresse, d’infiltration, d’expériences singulières, il y a toujours quelque chose pour vous et, surtout, toujours des nouveautés. Là aussi, malheureusement, ce n’est pas ce qui ressort si on ne fait pas un minimum d’effort de recherche, mais se contenter aujourd’hui des AAA produits par l’industrie, c’est passer à côté de tout un penchant créatif et varié du jeu vidéo actuel. Alors certes, il existe toujours des grosses croûtes, mais globalement il est assez facile de les éviter. On a une chance inouïe: celle d’avoir le choix de jouer à ce que l’on veut, selon nos goûts. On n’est plus contraint de jouer à tel ou tel jeu parce que de toute façon, c’est tout ce qu’il y a, si on joue à un jeu, c’est parce qu’on l’a choisi, qu’on connait nos goûts et qu’on a la certitude qu’il va nous plaire. Ou tout simplement parce qu’il attirait notre curiosité, de par son style visuel, ses thèmes, sa narration, ses mécaniques de jeu. Le plaisir de la surprise, de la découverte et de l’émerveillement sont toujours là.
Et puis, mine de rien, c’est toujours plus plaisant de parcourir un jeu en sachant qu’il a été conçu avec amour et passion plutôt qu’un produit industriel avant tout créé pour le profit. Même si, parfois, les deux peuvent coexister (coucou The Witcher 3).
(C’était l’instant hipster alter-mondialiste. Je retourne vivre dans ma maison en boue et faire ma lessive à la rivière. Il reste du quinoa pour le dîner ?)

Ça c'est The Witcher 3, et c'est très très bien. Voilà, à bientôt pour de nouvelles analyses de jeux vidéo.

Ça c’est The Witcher 3, et c’est très très bien. Voilà, à bientôt pour de nouvelles analyses de jeux vidéo.

Aujourd’hui plus que jamais, c’est une période fabuleuse pour être joueur. Si vous êtes nostalgiques des jeux d’antan, les devs indépendants vous offrent une multitude de jeux qui raviveront vos souvenirs, que ce soit du platformer ou du vieux RPG de barbu. Et en même temps, on trouve des jeux audacieux qui osent jouer avec le média et offrir des expériences nouvelles. Le tout accompagné par les géants de l’industrie et leurs jeux visuellement impressionnants, qui vous font voyager dans des mondes qui deviennent plus vrais que nature. Et le pire, c’est qu’à ce niveau là, on a encore du chemin à faire. Impossible aujourd’hui ne pas trouver des jeux faits pour nous. Tout le monde peut jouer, tout le monde peut prendre du plaisir, il y en a pour tous les goûts, toutes les difficultés, toutes les attentes.

Oui, c’est un copié/collé de ma conclusion du TFGA « C’était mieux avant ». En même temps, elle correspond presque parfaitement, il manque juste quelques mots concernant l’aspect social du jeu vidéo et tout le contenu de passionné qui est à notre disposition.

Aujourd’hui plus que jamais, c’est une période fabuleuse pour être joueur. Et pour manger du fromage, aussi. Surtout avec l’hiver qui arrive, on n’aura plus besoin de se justifier pour manger une raclette ou une tartiflette. Sérieux, pourquoi on ne devrait en manger qu’en hiver ? C’est quoi cette ségrégation saisonnière ? C’est pas comme si le reblochon poussait dans des arbres et ne pouvait être récolter qu’en hiver.
Mmmmh, je sens encore que je divague.

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5 réponses à “TFGA#14 – Le changement, c’est maintenant

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  2. « Olah ! Alors déjà, l’ami, tu vas descendre de tes grands chevaux. Non parce que, c’est quand même dangereux de monter sur plusieurs chevaux en même temps, surtout s’ils sont grands. Tu risquerais de te casser la margoulette et ça me ferait caguer. T’es pas un peu barjo, grand cèpe ? Tu ferais mieux d’aller bringuer avec moi, en plus j’ai fait des bugnes. Un régal, rien à voir avec ces estouffadis que fait ta mère. Pauvrote, elle est bien brave hein, mais bon à force fay cagat. D’ailleurs, la drôle, c’est quand qu’elle se trouve un jules ? Faut qu’elle aille aux bandas, milediou ! »

    Ce fou-rire, mec ! Merci !
    Le reste avait l’air moins drôle, donc j’ai pas lu.

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  3. Avec un peu de retard je viens enfin lire ton article, et je regrette de ne pas l’avoir fait plus tôt 🙂

    Je le lis comme une formidable déclaration d’amour aux JV … et au fromage. Si je partage l’une, je m’interroge sur l’autre …

    Moi aussi je me félicite de certaines tentatives, même si je resterai toujours hermétique à des interfaces comme celle que propose Her Story. Je n’y suis pas réceptif. Du tout.

    Mais je sais par contre que NieR j’y jouerai sur émulateur en 2016, c’est une certitude. Quant à The Witcher 3 … il est derrière FF8 que je fais actuellement, mais je n’ai nulle doute que ce titre fait partie de ceux qui allient patate visuelle et narration. Aaah, si le gameplay était différent =) …

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